CLINIQUE DU TRAUMATISME: Attachement  et  Dissociation

Au delà de ma personnalité et de mon "savoir être", ma pratique clinique s'appuie principalement sur deux repères théoriques : la théorie de l'attachement et la clinique du traumatisme. 

A la lumière de ces "savoirs", je vous propose une relation thérapeutique de confiance basée sur l'échange, la compréhension et la considération positive.

LA THEORIE DE L'ATTACHEMENT COMME REPERE

La thèse développée par John Bowlby (psychiatre et psychanalyste britannique) postule qu'il existe chez tous les être humain un système adaptatif d’attachement. Les enfants naissants extrêmement vulnérables et sans défense, ce système permettrait aux enfants et à leurs parents de rester en proximité physique de façon à assurer la protection du tout petit. A la fois l'enfant manifeste un ensemble de comportements qui ont pour but la recherche ou le maintient de la proximité (téter, attraper, pleurer, sourire) et dans le même temps l'adulte est « programmé génétiquement » pour répondre positivement à ces signaux et apporter les soins nécessaires à l'enfant. La figure d’attachement représente, en principe pour l'enfant, une source de satisfaction des besoins primaires, une source de réconfort et de protection ainsi qu'une base pour l’exploration de son environnement.

 

L'attachement sécure est caractérisé par la disponibilité de la figure d’attachement et sa réponse adéquate aux signaux de besoins et de détresse du bébé. La perception intérieure chez le bébé d’une relation sécure avec la figure d’attachement fonctionne comme une base de sécurité qui permet au bébé d’activer son système d’exploration et ainsi pouvoir développer des apprentissages : l'enfant va faire des relations de cause à effet et construire peu à peu, par expérience, une représentation de lui même et du monde qu'il va explorer avec confiance.

 

Parfois, l'histoire personnelle du parent fait qu'il n'est pas totalement disponible pour procurer un lien d'attachement durable et sécure à son enfant. En raison de troubles psychologiques (dépression, addiction, troubles psychotiques, personnalité borderline, violences conjugales …), il ne sera pas à même de répondre adéquatement aux besoins du bébé ce qui peut avoir pour effet d'altérer le développement perceptif, moteur, cognitif et émotionnel de celui-ci. Un « trouble de l’attachement » met en jeu le développement à long terme, en limitant la capacité d’adaptation de l’enfant qui va développer des modes dysfonctionnels de régulation précoce le prédisposant à des types spécifiques de comportements symptomatiques et de perturbations.

 

A l'âge adulte, l'enfant qui s'est construit auprès d'un parent n'ayant pas pu répondre correctement à ses besoins peut développer plusieurs types de fonctionnements relationnels :

 

  • Être dans une position de retrait et d'évitement marquée par une tentative de minimiser les comportements d’attachement et les sentiments (dissimulation de l’expression émotionnelle, et croyances relatives à un soi vécu comme invulnérable, à l’idée que les autres sont hostiles et non dignes de confiance, à des relations idéalisées). L’aliénation, le manque d’empathie et l’hostilité peuvent prédisposer ces personnes à des troubles de conduites et des styles de personnalité antisociale.

     

  • Être dans une position ambivalente qui se caractérise par l’alternance d'efforts répétés pour solliciter l'autre et de comportements de rejet de celui-ci. Ces personnes présentent généralement une faible tolérance à la frustration, une tendance à exagérer les émotions et à présenter des croyances négatives relatives à elles mêmes. A long terme, ce sont des personnes qui peuvent présenter des sentiments de confusion face aux défis posés par leur avenir et des difficultés accrues dans la gestion de l’anxiété.

     

Les individus avec des histoires insécures sont ainsi potentiellement plus susceptibles de former des relations affectives de non-support et facilement perturbées, et perdent ainsi des recours importants contre le stress et la psychopathologie. Ces types d'attachement insécures peuvent contribuer à augmenter la vulnérabilité face à la dépression et au développement de perturbations face à la séparation, au changement et à la perte.

Il existe encore un autre type d'attachement qui signe un mauvais pronostic développemental : il se caractérise par la désorganisation de l’attachement. Ce sont des enfants qui ne parviennent pas à trouver la sécurité et la permanence des réponses nécessaires à la construction d'une pensée et d'une identité propres en raison de comportements parentaux très perturbés et terrifiants (en cas de maltraitance). La figure parentale peut générer la peur et l’appréhension, en mettant l’enfant dans une situation de conflit insoluble, puisque la source d’apaisement est aussi la source de la peur, et que l’enfant ne peut simultanément rechercher et fuir sa figure d’attachement. Pour les individus dont l’histoire personnelle est extrêmement sévère, chaotique et traumatique (désorganisation de l’attachement), l’intégration d’expériences comportementales et émotionnelles est compromise, et les pensées et images intrusives ont tendance à surgir de façon imprévisible et à générer des perturbations dans les relations d’attachement.

 

Dans une situation de trauma, ces enfants ont tendance à répondre par des modèles de déconnexion cérébrale des circuits intégrés, ce qui est un élément perturbateur pour un traitement cognitif et émotionnel normal. Les données longitudinales confirment les relations entre désorganisation et attachement, trauma et symptomatologie dissociative.

 

 

Ces données nous indiquent la nécessité de créer entre le thérapeute et son patient une relation de confiance similaire à la situation d'un maternage "suffisamment bon" afin de restaurer le narcissisme primaire qui n'a pu s'établir lors de la petite enfance en raison d'un accordage difficile.

 

Le processus thérapeutique implique d'identifier les forces et les vulnérabilités relationnelles et d'explorer l’histoire familiale pour mettre en perspective l'aspect transgénérationnel. Cette investigation devra intégrer l’exploration de questions importantes comme les expériences de séparations, de perte, d’abus, et des signaux de comportements parentaux inadaptés ou atypiques.

Le traitement des perturbations graves associées à l’attachement est complexe et demande une implication de la personne dans le temps. On notera l’importance d’une relation de partenariat positive dans la thérapie, et d'un travail actif sur les forces relationnelles et sur l’expérience émotionnelle dans le but de recréer des façons différentes de fonctionner et d'être en relation.

Texte inspiré de l'article scientifique "La théorie de l'attachement : son importance dans un contexte pédiatrique" de Susana Tereno, Isabel Soares, Eva Martins, Daniel Sampaio et Ellizabeth Carlson, Dans Devenir 2007/2 (Vol. 19)