VICTIMOLOGIE, PSYCHOTRAUMATISME

Au delà de ma personnalité et de mon "savoir être", ma pratique clinique s'appuie principalement sur deux repères théoriques : la théorie de l'attachement et la clinique du traumatisme. 

A la lumière de ces "savoirs", je vous propose une relation thérapeutique de confiance basée sur l'échange, la compréhension et la considération positive.

CLINIQUE DU TRAUMATISME ET DISSOCIATION

TRAUMATISME

Les événements qui sont à l'origine des traumatismes sont toujours des événements qui vont menacer l'intégrité physique (confrontation à sa propre mort ou à la mort d'autrui) ou l'intégrité psychique (situations terrorisantes par leur anormalité, leur caractère dégradant, inhumain, humiliant, injuste, incompréhensible).

Ce qui se passe dans le cerveau lors de la confrontation à un événement traumatisant, s’apparente à un court-circuit adaptatif, véritable mécanisme de sauvegarde automatique pour protéger les organes comme le cerveau, le cœur et les vaisseaux d'une sollicitation trop intense. On parle alors d'effraction psychique responsable d'une sidération psychique : le cerveau n'est plus en mesure de traiter correctement les informations comme il le fait d'ordinaire : les émotions et sensations sont coupées des idées et représentations. Il n'y a plus qu'un état de stress extrême qui ne pourra pas être calmé, ni modulé par les représentations mentales qui sont en panne. Quelque chose du psychisme est alors figé et cet état de mal être , s'il n'est pas traité à temps, se généralise à l'ensemble des domaines de la vie de la personne et entraîne des perturbations multiples : sentiment permanent de menace, reviviscences, stress, évitement, dépression, addictions, repli... Il est important de noter que ce sont des conséquences normales de situations anormales.

DISSOCIATION: MÉCANISME DE SAUVEGARDE

Lorsque la personne est confrontée à un événement potentiellement traumatique, son circuit cérébral émotionnel va s'activer. Sous l'effet du stress, un taux anormalement important d'hormones va être diffusé dans la zone cérébrale des émotions. Afin de protéger les organes de cet excès d'afflux qui peut être dangereux pour les organes comme le cœur, le cerveau réalise un mécanisme de survie qui consiste à faire "disjoncter" la partie émotionnelle de la partie consciente du cerveau. C'est la dissociation psychique: la personne a accès à certains aspects émotionnels et sensoriels de l’événement mais ne peut pas en avoir de souvenirs, elle peut avoir l'impression d'avoir été hors de son corps, d'assister comme spectatrice à la scène.

La mémoire traumatique des violences, inconsciente, émotionnelle, est piégée dans la partie responsable du traitement des émotions dans le cerveau, elle va être à l'origine d'un circuit de peur conditionnée, véritable "bombe à retardement" prête à exploser à l'occasion de tout stimulus en lien avec les traumatismes subis et qui va "allumer" à chaque fois cette zone sensorielle et émotionnelle, que la partie consciente ne peut moduler (pas d'information ni de souvenir précis disponible). Schématiquement, la partie cérébrale émotionnelle transmet des informations "fantômes" à la partie consciente, des réminiscences (flash-back, images), qui peuvent donner l'impression de revivre les violences, mais aussi des sensations, des pensées, des émotions avec pour résultat une grande souffrance psychique et une sensation de danger imminent, déclenchant à nouveau la même détresse,  que lors des violences.


Pour échapper à cette souffrance, la victime traumatisée qui n'est pas prise en charge va mettre en place des stratégies de survie et d'auto-traitement qui comporteront des conduites de contrôle et d'évitement :


- des conduites de contrôle accompagnées d'une d'hypervigilance avec une sensation de danger permanent, de méfiance et d'état d'alerte, d'importants troubles du sommeil, une tension musculaire douloureuse, des troubles de la concentration et de l'attention (le psychisme est focalisé essentiellement sur des activités de surveillance et d'anticipation).


- des conduites d'évitement destinées à éviter le déclenchement de la mémoire traumatique, en évitant tout ce qui est susceptible de rappeler les violences (situations, pensées, sensations…). Ces conduites d'évitement sont à l'origine d'un retrait social et affectif, de phobies, d'obsessions, d'une peur de tout changement, d'intolérance au stress, de troubles du sommeil et de troubles cognitifs.

Et quand malgré les conduites de contrôles et d'évitement la mémoire traumatique se déclenche et envahit le psychisme de la victime elle entraîne la même sidération, la même détresse. Dans ce cas, souvent, seules des conduites dissociantes: conduites d'auto-traitement peuvent calmer la détresse.  Cet auto-traitement se met alors en place pour obtenir une disjonction provoquée permettant d'obtenir un état d'anesthésie affective et physique et une dissociation. Pour l'obtenir il existe plusieurs possibilités : soit recourir à une aggravation du stress par des conduites dangereuses, à risque agies ou subies (automutilations, surexposition sexuelle, passages à l'acte violents... ) soit recourir à la prise directe de drogues dissociantes  (alcool, psychotropes). On sait aujourd'hui que les psychotraumatismes sont à l'origine de consommation d'alcool chez 52 % des hommes et 28 % des femmes. 

Ces mécanismes et leurs conséquences expliquent les symptômes psychotraumatiques et les troubles du comportement des victimes, qui paraissent souvent totalement incompréhensibles à l'entourage (mises en danger, minimisation et banalisation de certaines violences sexuelles, dépendance à l'agresseur, syptomes d'allure psychotique: hallucinations, phénomènes de dissociation, conduites addictives, conduites à risque et conduites auto-agressives).

Il est indispensable de rassurer les victimes, de leur redonner une dignité en leur expliquant les mécanismes des psychotraumatismes et en leur expliquant que ce sont des réactions normales aux situations anormales que sont les violences.

Source: Docteur Muriel SALMONA, psychiatre française, fondatrice et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie

https://www.memoiretraumatique.org/